EXTRAIT DES ARCHIVES DE OUEST ECLAIR
20/08/1921
LA DEFENSE DE NOS SITES
POUR PRIMEL.
L'arrivée à Primel est un enchantement. A mesure que le touriste approche du but, que ce soit dans le « petit train » aux baladeuses aérées, en voiture, à bicyclette ou à pied, par une bonne route conquise sur le coteau et qui surplombe longtemps les grèves plates du Diben, la mer se déploie majestueusement en éventail devant lui, avec les sujets d'ornementation les plus variés, les plus riches en couleur.
Tout là-bas à gauche se détachent par beau temps, devenus minuscules en raison de la distance, les clochers de Saint-Pol, avec le Kreisker, et de Roscoff, plus loin, ainsi que le phare de l'île de Batz. Dans l'intervalle une mer fortement bleutée, du sein de laquelle surgissent des blocs rocheux de nuance-fauve, ceinturés de niasses d'écume d'un blanc éclatant, et on en découvre à l'infini. à mi-marrée, une allée et venue de petits bateaux filant à la voile eu tous sens ; puis, en avant d'une nichée de vieilles maisonnettes de pécheurs, un puissant rideau d'hôtels, aux décors de verdure d'un exotisme assez réussi ; enfin, au détour d'un alignement d'édifices variés, c'est la vision du massif, énorme de la pointe, la plus septentrionale, le cap de Primel ; à droite les « chaises », la mer à perte de vue, derrière soi des îles, une côte bleuâtre à l'horizon, et, plus près, la-côte de Trégastel, le littoral morcelé, taillé comme à coups de hache par les tempêtes, avec les oasis charmante de Saint-Jean-du-Doigt, chère aux Américains, et de Plougasnou, la villégiature confortable par excellence.
Nous ne dirons rien, des hôtels, sauf cependant ceci, qu'ils pourraient bien ne pas fermer pendant l'hiver ; si la bonne « saison » leur suffit comme mouvement d'affaires, nous savons que Primel attire les amateurs de beaux sites en toute saison, et que, parfois de véritables caravanes sont restées très désagréablement arrêtées en face de tant de bâtiments aux enseignes prometteuses, qui leur demeuraient presque tous lugubrement fermés, comme les monuments d'une nécropole abandonnée. C'est Primel « for ever » qu’il faut à nombre de touristes ; et un Primel auquel on ne touche pas, ou du moins auquel on ne touche plus.
On voudrait croire que ces vagues champs à l'herbe rabougrie, aux fleurettes sauvages, ces coteaux de pierre si durs à escalader, n'ont jamais connu la loi de l'offre et de la demande, qu'ils sont à tous, comme la mer et 1e ciel bleu ! Eh ! quoi, ce massif bicéphale, ce promontoire monstrueux qui brise l'effort des tempêtes, ces mille « motifs » sculptés patiemment par les marées successives, où l'œil aux tombées du jour distingue des sphinx et des pharaons, des moines en prière et des vierges en extase, des lions et des sauriens, des empereurs et leurs chevaliers, tout ce monde de rêve et de terreur, serait la propriété des hommes !
Chacun est bien obligé de s'en rendre compte quand, un maître du lieu vous démontre son droit d'user, et d'abuser en défendant aux touristes interdits, aux chauffeurs embarrassés à un tournant, d'empiéter sur « son trottoir », là où il y a un lambeau minuscule de terrain herbeux sur le bord d'un chemin. « Ne vous asseyez pas ici, c'est à moi, » dit une dame à des promeneurs inoffensifs qui prennent le frais à l'ombre d'un roc géant, et partent en se demandant s'il leur reste au moins un sentier de douanier, une grimpette de chiens pour circuler un peu au milieu de ces beautés naturelles. C'est tout de même pénible pour ceux qui contribuent par leur argent à rendre le pays habitable et attrayant.
Le danger de pareils errements est visible et tangible. Déjà depuis des années, pendant la guerre et depuis, une partie de cette colline aujourd'hui cultivée et agréablement entaillée de chalets et de villas, est devenue une carrière. Large et laide est l'échancrure qu'y ont pratiquée tour à tour les terrassiers, les prisonniers boches ou les « joyeux ». La pierre extraite était transportée, non sans des frais considérables, à Morlaix, et même expédiée à Saint-Valéry-sur-Somme. Avec le prix de la main-d’œuvre actuel, la dépense n'a pu que s'accroître dans des proportions énormes, surtout si on tient compte des prix minimes payés jadis aux travailleurs forcés. Maintenant la morsure atroce est irrémédiable ; mieux vaut ne plus songer au mal, et en détourner le regard, en débarquant du « petit train ».
Mais la pierre, l'auguste et éternelle roche, a subi l'atteinte des pelleteurs, piocheurs et de leurs engins. De loin s'aperçoit la première plaie d'un rose morbide qu'elle porte à son flanc. L'utilitarisme va-t-il convertir en matériaux de construction ce monument mégalithique qui n'a de valeur qu'en son site grandiose ? « Si l'on nous prend nos cailloux, disait un vieux pêcheur, qu'est-ce qui nous restera ? » 11 est encore temps de sauver Primel. Que les consuls y prennent garde !
Ne pourrait-on, en attendant les grandes mesures de préservation souhaitées par tous, reconstruire le petit pont, le pont de la Crevasse, sur lequel, en dépit de son état vermoulu, bien des familles s'aventurèrent en riant, et qu'une suprême rafale a fait s'effondrer au fond du gouffre. En contemplant cette ferraille gisante, près de la superbe grotte que connaissent quelques curieux, beaucoup se demandent quelle puissance malfaisante s'oppose à la réédification du « pont du diable », si commode pour franchir la crevasse redoutée. Cette maléfique influence est encore celle de la propriété. Les deux îlots granitiques que reliait la passerelle regrettée ont chacun leur propriétaire, et ce que veut l'un, l'autre n'en veut rien savoir. Dans ces conditions toutes modernes, nul ne saurait dire quand se rejoindront les d'eux îlots.
Et pourtant, Primel est un bien beau coin de mer, on y peut vivre à des tarifs acceptables, le cinéma vient à peine d'y faire son apparition, et il n'y a pas de casino.
ARTICLE RECUEILLI DANS LES ARCHIVES DE OUEST ECLAIR www.ouest-france.fr
PLOUGASNOU le 26/11/1920
Une héroïne de 16 ans
«•<>• <••<>••
L'Académie Française décerne un prix Monthyon à une jeune pêcheuse bretonne
PARIS, 25 novembre. — L'Académie française tenait aujourd'hui sa séance publique annuelle où, avec le cérémonial accoutumé, elle décerne les prix littéraires et les prix de vertu. M Poincaré présidait. Parmi les belles actions dont il a paré le récit de son éloquence habituelle, il a accordé la première placé à celtes qui ont valu le prix Monthyon, â une jeune fille du Finistère, Mlle Jeanne Redon, de Térénez. Ecoutons-le .
» Jeanne est l'aînée de 13 enfants. Le père est le patron du sloop « Marie-Joseph ». A la mobilisation, ses deux matelots durent le quitter. Le plus âgé de ses fils n'avait pas 14 ans. Comment prendre la mer seul avec cet enfant, sur un cotre de 10 tonneaux ?
« Jeanne, elle, avait 16 ans. Elle dit à son père : î lu ne peux pas désarmer le bateau. Que deviendrons-nous ? Nos frères et nos soeurs sont trop petits pour travailler. C'est la pèche qui nous fait vivre. Laisse-moi embarquer Je suis grande et j'aiderai ».
« Elle a tenu parole. Pendant quatre ans, elle a battu !a mer, conduit le sloop comme le matelot • ie plus expérimenté, évitant les récifs qui barrent l'entrée de la rivière de Morlaix, tendant ou carguant les voiles, jetant les filets, cherchant dans les brisants, parmi les lames en démence, l'endroit bon à la pêche, et sur la mer immense, le lieu mobile, obscur, capricieux, changeant, où se plaît le poisson aux nageoires d'argent. Et c'était ce poisson qui servait en 'partie à ravitailler les hôpitaux militaires de Primel et de Plougasnou.
• « Un jour du mois de mars 1916. la bise soufflait avec violence et la mer était grosse. La pêche terminée le petit voilier monté par Redon, sa fille et son fils se hâtait de revenir au non. Tout à coup une sirène gémit au large. C'est un vapeur anglais qui a besoin d'un pilote et qui veut attirer l'attention sur son pavillon d'appel.
« Mais de pilote, il n'y en a pas en vue. Toutes les embarcations sont rentrées.
« Virons de bord dit Jeanne à son père, et va t'offrir.
— « Mais toi ?
— « Je reviendrai bien seule !
SEULE DANS LA TEMPETE
« II refuse. Elle insiste. Et quoique la brise fraîchisse et que la mer se-creuse, il se décide à faire route sur le vapeur,1 l'accoste, y grimpe et laisse à la jeune fille le soin de ramener elle-même le « Marie-Joseph » au port de Térénez
« Les vagues s'enflent de plus en plus, pour soustraire la voilure à la force déchaînée du vent, Jeanne a pris les trois bandes de ris. La quille du sloop fend les eaux et le petit canot qu'il remorque se remplit jusqu'au bord. Pour le vider il faut mettre en cape. Deux fois de suite Jeanne recommence le travail, réduit la voilure et vient dans le vent, aidée de son frère qui vide le canot. Deux fois elle reprend au milieu de la tempête sa route un instant suspendue.
« A la pointe de Térénez les pêcheurs se sont assemblés, les yeux fixés avec inquiétude sur ce bateau que secoue la fureur des lames et que gouvernent seuls deux enfants. La mère de Jeanne, une nouvelle fois enceinte, est là elle aussi, dévorée d'anxiété, suivant du regard tous les mouvements du sloop et croyant à chaque instant voir sa fille et son fils engloutis dans les flots.
« Mais légère et rapide la barque de pêche franchit la passe. Elle rentre au port et comme la vague l'empêche de s'amarrer à son corps-mort, elle mouille l'ancre. Jeanne amène la voile, ramasse la mâture, saute à terre et se jette frémissante et joyeuse dans les bras de sa mère. »
ANTOINETTE
Extrait des DERNIERS CAP-HORNIERS FRANÇAIS de Louis LACROIX
« Portant le nom de la fille de M. et de Mme Adolphe BORDES, ce quatre mâts barque avait été construit pour eux à La Seyne en 1897 et portait 3 955 tonnes. Sa voilure avait une surface de 4 421 mètres carrés et sa meilleure traversée d’Europe au Chili fut de soixante-douze jours. ANTOINETTE eut une série remarquable de belles traversées :
1897._ Iquiques-Dungueness, soixante-dix huit jours.
1900._ Ile deWight-Iquique, soixante-douze jours.
1901._ Iquique –Dunkerque, quatre-vingt-quatre jours.
1902._ Iquique-Île de Wight, quatre-vingt-un jours.
1903._ Iquique-Dungueness, quatre-vingt-quatre jours.
1905._ Iquique-Dungueness, soixante-douze jours.
1906._ Shields-Iquique, sixante-seize jours.
1906._ La Palice-Mejillonones, soixante-quatorze jours.
Le quatre octobre 1917, Pierre LECHEVANTON, qui commandait ANTOINETTE, fut attaqué par un sous marin allemand et réussit à lui échapper. Le navire reçut un témoignage officiel de satisfaction pour l’attitude énergique et disciplinée de son équipage.
Après la guerre, au cours
d’un voyage du Chili à New-York par Panama, le navire se perdit sur le récif Serrana, au large de la côte du Nicaragua (Amérique centrale) »
Quatre mâts barque en acier construit en 1896 par les Forges et Chantiers de la Méditerranée, la Seyne.
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