Mardi 6 septembre 2011 2 06 /09 /Sep /2011 14:25
Etrait des archives de OUEST ECLAIR 20 AOUT 1929 . Primel LES REGATES. — La première journée des régates a été favorisée d'un temps ensoleillé. Tous les établissements étaient envahis par les promeneurs, les automobiles s'alignaient longuement aux abords du terrain réservé où flottaient tous les pavillons de la marine. Le sous-marin Sané étalait, bien en vue, sa fine, silhouette sombre. Un détachement de la Musique de Morlaix prêtait son concours à la fête. M. Guillemin avait complaisamment mis sa vedette à la disposition du comité et amena à terre les officiers du Sané : MM. Rosset, lieutenant de vaisseau, commandant ; Raybaud, lieutenant de vaisseau, second ; Dupont, enseigne de vaisseau ; Quéméner, ingénieur-mécanicien. Un déjeuner fut servi à l'Hôtel d'Arvor, sous la présidence de M. Lehideux, qui malheureusement va sous peu résigner ses fonctions. Il avait à ses côtés : MM. l'amiral Barthes, le sénateur Guillemot, le député Bourgot ; Le Guen, maire de Plougasnou ; Costa de Beauregard, président de la Fédération des Régates de Morlaix ; le marquis de La Jaille, Riou et Louis Hamon, vice-présidents du Comité des Régates ; Wahl, secrétaire ; Me Le Vaillant, notaire,. trésorier ; etc.. A l'heure des discours prirent tour à tour la parole pour célébrer les fêtes maritimes et la station florissante de Primel, MM. Lehideux, l'amiral Barthes, Guillemot et Bourgot. Remarqué la présence de MM. Le Goaseoz, adjoint au maire de Morlaix ; Le Squin, membre du Comité ; les présidents des régates de la région et autres notabilités. Voici lès résultats techniques de la première journée : Bateaux de plaisance (séries extraréglementaires). — Première série : Canots à misaine, avec ou sans dérive (sans allégeance). — 1. Marguerite, à M. Colleter, de Térénez, 25 fr.; 2. Coureur, à M. Sibiril, de Carantec, 15 fr.; 3. Deux Amis, à M. Féat, de Primel, 10 fr. 2e série : guidon rouge. Départ à 2 h. 35, arrivée à 3 h. 51. Canots de 4 m. 50 maximum, avec ou sans dérive, spinaker interdit. — 1. Pot-ar-Ru à M. Kerdodé, de Carantec, 50 fr. et une médaille de bronze offerte par le ministre des Travaux publics et de là Marine marchande; 2. Coantic, à M. le docteur Penther, de Carantec, 40 fr. 3. Montic, à M. Le Doray, de Primel. 30 fr. 3° série : guidon blanc Départ à 2 h. 40, arrivée à 3 h. 54. Yachts de plaisance de 5 mètres maximum avec ou sans dérive. — 1. Gabrielle, à M. Guillemin, de Primel, 50 fr. et une médaille. 4° série, départ à 2 h. 45, arrivée à 4 h. 45. Yachts de 5 mètres (S.R.M.). — 1. Tom-Pouce, à M. R. Rouilly, de Carantec, un objet d'art et 20 fr.; 2. T'en-fais-Pas, à M. Dulac, de Loc-quénolé, un objet d'art et 20 fr.; 3. Diouall, à M .le comte Costa de Beau-regard, de Locquénolé, une médaille et 20 fr.; 4. Courlis, à M. H. Rouilly. de Carantec, une médaille et 20 fr.; 5. Potick, à M. Penther, de Carantec. 5° série, départ à 2 h. 50, arrivée à 4 h. 49. Bateaux de pêche et de plaisance de 6 m. 50 à 7 m. 50. — 1. Manline, à M. Lartigue, de Locquénolé, une plaquetet d'argent offerte par le ministre de la Marine marchande, et 50 fr.; 2. Tor-e-Ben, à M. le marquis de la Jaille, de Morlaix, une médaille de bronze et 30 fr. Séries réglementaires. — 6e série, départ à 2 h. 55, arrivée à 4 h. 54 Yachts de 6 m. 50 (série internationale). — 1. Piguet, à M. Cazenave, de Carantec, un objet d'art et 40 fr. offerts par le Crédit Nantais; 2. Triton, au même, un objet d'art et 20 fr. 7e série (Guidon orange). — Handicap national. — 1<"-, Albert, à M. Dupont, de Locquirec, une médaille et 50 francs, offerts par M. le marquis de la Jaille. Bateaux de pêche 8' série (Pavillon blanc). Départ à 3 h. 5; arrivée à 4 h. 46. — Bateaux de 5 m. 20 maximum. — 1er, Pierrot, à M. Marc Troadec, du Dourduff, une médaille de bronze et 80 francs. 9e série (Pavillon jaune). Départ à 3 h. 10; arrivée à 4 h. 43. — Bateaux de 6 mètres maximum. — 1er, Luciole, à M. Le Floch, du Dourduf, 50 fr.; 2e, Andane, à M. le docteur Dumas, de Primel, 40 fr.; 3e, Etoile du Marin, à M. Le Gall, de Primel, 20 fr. 10° série (Pavillon rouge et blanc). Départ à 3 h. 15; arrivée à 4 h. 56. — Bateaux de 7 mètres maximum. — 1er, Salvator, à M. Gilet de Carantec, 60 francs. 11e série (Pavillon rouge). Départ à 3 h. 20; arrivée à 5 h. 15. — Bateaux de 8 mètres maximum. — lor, Petite-Langouste, à M. Corre, de Santec; 2« Anne-Louise, à M. Guéguen, de Santec. 12' série (Pavillon noir et blanc). Départ à 3 h.'25; arrivée à 5 h. 10 — Bateaux de 8 mètres et au-dessus. — 1er, Saint-Jean, à M. Jégou, de Térénez. 200 fr. et un objet d'art; 2e, Jouet-des-Flots. à M Masson, de Primel, 150 fr.; 3e, Etoile-Filante, à M. Barazer. de Primel. 100 fr.; 4f. Paul et Jean, à M. Corre, de Santec, 50 fr. Course de natation. — Jeunes gens de moins de 18 ans : l6r, Guillerot, 20 fr. et une médaille de bronze; 2r, Prlgent, 15 fr.; 3', Lédan. 10 fr.; 4e. Fournis, 5 francs. 28 AOUT 1928 TRÉGASTEL-PRIMEL LE BAL DES REGATES. — Le bal donné dans- l'établissement Colleter, à Tromelin, et au cours duquel devait se faire l'intéressante élection de la Reine et de ses demoiselles d'honneur, a fait salle archicomble. Les membres du Comité des Régates de Primel étaient présents pour constituer le Jury et présider au dépouillement des bulletins. De toutes les plages voisines les touristes s'étaient rendus en foule à la gracieuse fête. Les jeunes filles de Plougasnou, de St-Jean-du-Doigt, du Diben, de Térénez, y dansèrent infatigablement, et le scrutin n'interrompit que quelques moments les accents de l'orchestre. Est élue reine : Mlle Jeanne Choquer, du Diben. Ses demoiselles d'honneur seront Mlles Jeanne Corre, du Diben, et Marie Bourhis, de Plougasnou. Nos compliments à sa Majesté des Régates et à ses charmantes compagnes.
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Dimanche 1 mai 2011 7 01 /05 /Mai /2011 21:48
Tiens ! Regardes, sous celui-là il y a une faille à droite, là il y en a un… J’étais certain qu’il avait raison il savait exactement où ils étaient, à quel endroit sous quel caillou dans quelle faille combien ils étaient, quelle taille ils faisaient s’ils étaient accessibles ou bien si ce n’était pas la peine de perdre son temps. A genoux, de l’eau à mi buste, je glisse mon bras sous le rocher, les habitants autochtones que je dérange ont moins peur que moi, mais je ne laisse rien transparaitre. -Alors tu le sens ? -Non. Je n’avais pas encore passé l’appréhension d’entrer en contact avec ce monde sous-marin que je connaissais pourtant pour l’avoir découvert en nageant avec mon masque et mon tuba au dessus des rochers non loin de la plage. Une paire de palmes qui blessait définitivement les pieds pour le reste de l’été, un masque qui se remplissait d’eau à peine entré dans l’eau et un tuba équipé d’une balle de ping-pong qui était sensée obturer le tuba à la moindre vaguelette ou si on se propulsait vers le fond pour voir les petites vieilles de plus près. Alors il fallait non pas mettre la langue dans l’embouchure comme on le fera plus tard avec les tubas ouverts mais aspirer pour maintenir la balle à l’entrée du tube, bien appliquée sur l’orifice. -Ca y est tu le sens ? Plus à droite, bon sang avec tes grands bras tu devrais le sentir ! Jusqu’à l’été dernier, je n’avais eu que le droit d’observer mon père et mon grand père, de les regarder sortir ces trésors de l’eau sans s’esclaffer à chaque prise, au contraire un simple petit geste pour me le montrer, quelquefois on me le jetait pour que je le mette dans le panier resté avec moi en haut de la paroi qui les cachaient au creux de ses failles. Il faut dire que cette année là, il y avait des pieuvres en pagaille et j’admirais mon père et mon grand père sortir ces montres que je n’avais jamais vus qu’au cinéma dans vingt mille lieues sous les mers. L’avant bras complètement prisonnier des tentacules de l’animal, pour s’en débarrasser, ils le claquaient contre la roche et retournaient la poche contenue sous la tête. Agonisant, l’animal crachait son encre et là, on l’abandonnait. A cette époque, on ne mangeait pas ces produits en Bretagne c’était du caoutchouc et on se moquait des touristes qui les récupéraient derrière nous. C’était bon pour ceux du midi qui n’ont que ça à pêcher ! -Ca y est je le sens ! Mon père avait eu pour mission au cours de l’hiver, de fabriquer des crocs au collège technique, là où il enseignait. Mais attention, pas de ces crocs à congres finis du côté manche par une boucle créée dans le fil d’acier, mais des crocs avec un manche en bois de section hexagonale qui permettait de tourner la partie plate engagée sous la coquille pour décoller l’animal. Initié comme je l’avais été l’été précédent, j’avais eu le droit cette année là d’avoir mon propre croc à la dimension de mes maigres bras. Mon père en avait profité pour tourner aussi une enclume et une tête de marteau dans une pièce de laiton pour attendrir l’animal avant de le cuire. La bouche au raz l’eau, je prenais ma respiration pour engager mon bras un peu plus loin encore dans la faille et mieux contrôler le déplacement du mollusque. Le reconnaitre du bout des doigts dans l’eau n’est pas chose aisée. Dès notre plus jeune âge, j’avais été éduqué à les reconnaitre. Chaque fois qu’on en mangeait, je devais en prendre une coquille et en même temps qu’on les dégustait, d’une main sous la table je caressais cette coquille collée, si douce de sa nacre à l’intérieur, mais cette partie ne nous intéressait pas, c’était la partie rugueuse de son dos quelquefois fois couverte de balanes qui la font ressembler à une simple excroissance de la roche. C’est cette forme là qu’il fallait mémoriser. Fier de l’avoir identifié, je relève la tête pour chercher le regard admirateur de mon grand père, mais il a déjà disparu dans un autre « pouille » non loin de là et je reste seul pour engager le combat avec cet animal qui commence déjà à entrainer ma main aussi loin que mon bras peut s’allonger pour ne pas perdre le contact. Après un bon moment de lutte, le croc finit par soulever la coquille, malheureusement, elle se cassa et je perdis la prise. De rage, je réussi à glisser un ongle entre la chaire et le rocher, puis une phalange, et enfin il finit par se décoller ! Dans ma précipitation il m’échappa et tomba au fond de la marre. J’ai bien dû ratisser le fond un bon moment pour le récupérer et enfin le poser au fond de mon panier sous un bouquet de varech que j’arrachait d’un geste fier comme je l’avais vu faire par mon grand père. On avait en effet l’habitude de recouvrir notre pêche de goémon pour que les touristes ne viennent pas mettre leur nez au dessus de notre panier et nous poser des questions stupides. J’avais pêché mon premier ormeau ! Rentrés à la maison, on faisait les comptes, mon père en avait cinq douzaines et mon grand père six douzaines et moi j’avais le droit à l’admiration de ma mère et de ma grand-mère qui me considéraient à présent dans la classe des pêcheurs d’ormeaux.
Par Papère
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Mardi 1 mars 2011 2 01 /03 /Mars /2011 21:46

EXTRAIT DES ARCHIVES DE OUEST ECLAIR

 

20/08/1921

LA DEFENSE DE NOS SITES

 

 

POUR PRIMEL.

 

 

 

L'arrivée à Primel est un enchantement. A mesure que le touriste approche du but, que ce soit dans le « petit train » aux baladeuses aérées, en voiture, à bicyclette ou à pied, par une bonne route conquise sur le coteau et qui surplombe longtemps les grèves plates du Diben, la mer se déploie majestueusement en éventail devant lui, avec les sujets d'ornementation les plus variés, les plus riches en couleur.

Tout là-bas à gauche se détachent par beau temps, devenus minuscules en raison de la distance, les clochers de Saint-Pol, avec le Kreisker, et de Roscoff, plus loin, ainsi que le phare de l'île de Batz. Dans l'intervalle une mer fortement bleutée, du sein de laquelle surgissent des blocs rocheux de nuance-fauve, ceinturés de niasses d'écume d'un blanc éclatant, et on en découvre à l'infini. à mi-marrée, une allée et venue de petits bateaux filant à la voile eu tous sens ; puis, en avant d'une nichée de vieilles maisonnettes de pécheurs, un puissant rideau d'hôtels, aux décors de verdure d'un exotisme assez réussi ; enfin, au détour d'un alignement d'édifices variés, c'est la vision du massif, énorme de la pointe, la plus septentrionale, le cap de Primel ; à droite les « chaises », la mer à perte de vue, derrière soi des îles, une côte bleuâtre  à l'horizon, et, plus près, la-côte de Trégastel, le littoral morcelé, taillé comme à coups de hache par les tempêtes, avec les oasis charmante de Saint-Jean-du-Doigt, chère aux Américains, et de Plougasnou, la villégiature confortable par excellence.

Nous ne dirons rien, des hôtels, sauf cependant ceci, qu'ils pourraient bien ne pas fermer pendant l'hiver ; si la bonne « saison » leur suffit comme mouvement d'affaires, nous savons que Primel attire les amateurs de beaux sites en toute saison, et que, parfois de véritables caravanes sont restées très désagréablement arrêtées en face de tant de bâtiments aux enseignes prometteuses, qui leur demeuraient presque tous lugubrement fermés, comme les monuments d'une nécropole abandonnée. C'est Primel « for ever » qu’il faut à nombre de touristes ; et un Primel auquel on ne touche pas, ou du moins auquel on ne touche plus.

On voudrait croire que ces vagues champs à l'herbe rabougrie, aux fleurettes sauvages, ces coteaux de pierre si durs à escalader, n'ont jamais connu la loi de l'offre et de la demande, qu'ils sont à tous, comme la mer et 1e ciel bleu ! Eh ! quoi, ce massif bicéphale, ce promontoire monstrueux qui brise l'effort des tempêtes, ces mille « motifs » sculptés patiemment par les marées successives, où l'œil aux tombées du jour distingue des sphinx et des pharaons, des moines en prière et des vierges en extase, des lions et des sauriens, des empereurs et leurs chevaliers, tout ce monde de rêve et de terreur, serait la propriété des hommes !

Chacun est bien obligé de s'en rendre compte quand, un maître du lieu vous démontre son droit d'user, et d'abuser en défendant aux touristes interdits, aux chauffeurs embarrassés à un tournant, d'empiéter sur « son trottoir », là où il y a un lambeau minuscule de terrain herbeux sur le bord d'un chemin. « Ne vous asseyez pas ici, c'est à moi, » dit une dame à des promeneurs inoffensifs qui prennent le frais à l'ombre d'un roc géant, et partent en se demandant s'il leur reste au moins un sentier de douanier, une grimpette de chiens pour circuler un peu au milieu de ces beautés naturelles. C'est tout de même pénible pour ceux qui contribuent par leur argent à rendre le pays habitable et attrayant.

Le danger de pareils errements est visible et tangible. Déjà depuis des années, pendant la guerre et depuis, une partie de cette colline aujourd'hui cultivée et agréablement entaillée de chalets et de villas, est devenue une carrière. Large et laide est l'échancrure qu'y ont pratiquée tour à tour les terrassiers, les prisonniers boches ou les « joyeux ». La pierre extraite était transportée, non sans des frais considérables, à Morlaix, et même expédiée à Saint-Valéry-sur-Somme. Avec le prix de la main-d’œuvre actuel, la dépense n'a pu que s'accroître dans des proportions énormes, surtout si on tient compte des prix minimes payés jadis aux travailleurs forcés. Maintenant la morsure atroce est irrémédiable ; mieux vaut ne plus songer au mal, et en détourner le regard, en débarquant du « petit train ».

Mais la pierre, l'auguste et éternelle roche, a subi l'atteinte des pelleteurs, piocheurs et de leurs engins. De loin s'aperçoit la première plaie d'un rose morbide qu'elle porte à son flanc. L'utilitarisme va-t-il convertir en matériaux de construction ce monument mégalithique qui n'a de valeur qu'en son site grandiose ? « Si l'on nous prend nos cailloux, disait un vieux pêcheur, qu'est-ce qui nous restera ? » 11 est encore temps de sauver Primel. Que les consuls y prennent garde !

Ne pourrait-on, en attendant les grandes mesures de préservation souhaitées par tous, reconstruire le petit pont, le pont de la Crevasse, sur lequel, en dépit de son état vermoulu, bien des familles s'aventurèrent en riant, et qu'une suprême rafale a fait s'effondrer au fond du gouffre. En contemplant cette ferraille gisante, près de la superbe grotte que connaissent quelques curieux, beaucoup se demandent quelle puissance malfaisante s'oppose à la réédification du « pont du diable », si commode pour franchir la crevasse redoutée. Cette maléfique influence est encore celle de la propriété. Les deux îlots granitiques que reliait la passerelle regrettée ont chacun leur propriétaire, et ce que veut l'un, l'autre n'en veut rien savoir. Dans ces conditions toutes modernes, nul ne saurait dire quand se rejoindront les d'eux îlots.

Et pourtant, Primel est un bien beau coin de mer, on y peut vivre à des tarifs acceptables, le cinéma vient à peine d'y faire son apparition, et il n'y a pas de casino.

 

Par Papère
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Lundi 14 février 2011 1 14 /02 /Fév /2011 21:45

ARTICLE RECUEILLI DANS LES ARCHIVES DE OUEST ECLAIR www.ouest-france.fr

 

PLOUGASNOU le 26/11/1920

Une héroïne de 16 ans

 

«•<>• <••<>••

 

L'Académie Française décerne un prix Monthyon à une jeune pêcheuse bretonne

 

 

 

PARIS, 25 novembre. — L'Académie française tenait aujourd'hui sa séance publique annuelle où, avec le cérémonial accoutumé, elle décerne les prix littéraires et les prix de vertu. M Poincaré présidait. Parmi les belles actions dont il a paré le récit de son éloquence habituelle, il a accordé la première placé à celtes qui ont valu le prix Monthyon, â une jeune fille du Finistère, Mlle Jeanne Redon, de Térénez. Ecoutons-le .

» Jeanne est l'aînée de 13 enfants. Le père est le patron du sloop « Marie-Joseph ». A la mobilisation, ses deux matelots durent le quitter. Le plus âgé de ses fils n'avait pas 14 ans. Comment prendre la mer seul avec cet enfant, sur un cotre de 10 tonneaux ?

« Jeanne, elle, avait 16 ans. Elle dit à son père : î lu ne peux pas désarmer le bateau. Que deviendrons-nous ? Nos frères et nos soeurs sont trop petits pour travailler. C'est la pèche qui nous fait vivre. Laisse-moi embarquer Je suis grande et j'aiderai ».

« Elle a tenu parole. Pendant quatre ans, elle a battu !a mer, conduit le sloop comme le matelot • ie plus expérimenté, évitant les récifs qui barrent l'entrée de la rivière de Morlaix, tendant ou carguant les voiles, jetant les filets, cherchant dans les brisants, parmi les lames en démence, l'endroit bon à la pêche, et sur la mer immense, le lieu mobile, obscur, capricieux, changeant, où se plaît le poisson aux nageoires d'argent. Et c'était ce poisson qui servait en 'partie à ravitailler les hôpitaux militaires de Primel et de Plougasnou.

• « Un jour du mois de mars 1916. la bise soufflait avec violence et la mer était grosse. La pêche terminée le petit voilier monté par Redon, sa fille et son fils se hâtait de revenir au non. Tout à coup une sirène gémit au large. C'est un vapeur anglais qui a besoin d'un pilote et qui veut attirer l'attention sur son pavillon d'appel.

« Mais de pilote, il n'y en a pas en vue. Toutes les embarcations sont rentrées.

« Virons de bord dit Jeanne à son père, et va t'offrir.

— « Mais toi ?

— « Je reviendrai bien seule !

SEULE DANS LA TEMPETE

« II refuse. Elle insiste. Et quoique la brise fraîchisse et que la mer se-creuse, il se décide à faire route sur le vapeur,1 l'accoste, y grimpe et laisse à la jeune fille le soin de ramener elle-même le « Marie-Joseph » au port de Térénez

« Les vagues s'enflent de plus en plus, pour soustraire la voilure à la force déchaînée du vent, Jeanne a pris les trois bandes de ris. La quille du sloop fend les eaux et le petit canot qu'il remorque se remplit jusqu'au bord. Pour le vider il faut mettre en cape. Deux fois de suite Jeanne recommence le travail, réduit la voilure et vient dans le vent, aidée de son frère qui vide le canot. Deux fois elle reprend au milieu de la tempête sa route un instant suspendue.

« A la pointe de Térénez les pêcheurs se sont assemblés, les yeux fixés avec inquiétude sur ce bateau que secoue la fureur des lames et que gouvernent seuls deux enfants. La mère de Jeanne, une nouvelle fois enceinte, est là elle aussi, dévorée d'anxiété, suivant du regard tous les mouvements du sloop et croyant à chaque instant voir sa fille et son fils engloutis dans les flots.

« Mais légère et rapide la barque de pêche franchit la passe. Elle rentre au port et comme la vague l'empêche de s'amarrer à son corps-mort, elle mouille l'ancre. Jeanne amène la voile, ramasse la mâture, saute à terre et se jette frémissante et joyeuse dans les bras de sa mère. »

 

 

 

Par Papère
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Vendredi 4 février 2011 5 04 /02 /Fév /2011 21:18

ANTOINETTE

 Sans titre-copie-6

Extrait des DERNIERS CAP-HORNIERS FRANÇAIS de Louis LACROIX

« Portant le nom de la fille de M. et de Mme Adolphe BORDES, ce quatre mâts barque avait été construit  pour eux à La Seyne en 1897 et portait 3 955 tonnes. Sa voilure avait  une surface  de 4 421 mètres carrés et sa meilleure traversée d’Europe au Chili fut de soixante-douze jours. ANTOINETTE eut une série remarquable de belles traversées :

1897._ Iquiques-Dungueness, soixante-dix huit jours.

1900._ Ile deWight-Iquique, soixante-douze jours.

1901._ Iquique –Dunkerque, quatre-vingt-quatre jours.

1902._ Iquique-Île de Wight, quatre-vingt-un  jours.

1903._ Iquique-Dungueness, quatre-vingt-quatre jours.

1905._ Iquique-Dungueness, soixante-douze  jours.

1906._ Shields-Iquique, sixante-seize jours.

1906._ La Palice-Mejillonones, soixante-quatorze jours.

Le quatre octobre 1917, Pierre LECHEVANTON, qui commandait ANTOINETTE, fut attaqué par un sous marin allemand et réussit à lui échapper. Le navire reçut un témoignage officiel de satisfaction pour l’attitude énergique et disciplinée de son équipage.

Après la guerre, au cours d’un voyage du Chili à New-York par Panama, le navire se perdit sur le récif Serrana, au large de la côte du Nicaragua (Amérique centrale) »

Quatre mâts barque en acier construit en 1896 par les Forges et Chantiers de la Méditerranée, la Seyne.

MAQUETTE 1

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